Le secret des décoctions réussies : comment faire et combien de temps faire mijoter vos plantes

Jan 16 / Vanessa Champagne

Préparer une décoction est un petit rituel que j’aime profondément. Prendre le temps de placer les plantes dans l’eau, les voir mijoter doucement, sentir la chaleur et la transformation s’opérer… puis filtrer le liquide encore chaud. C’est un geste qui me relie à l’herboristerie traditionnelle, celle qu’on pratique dans nos cuisines depuis des lunes, un geste qui semble inscrit dans mes gènes, comme si mon corps s’en souvenait. Presque comme si je préparais une potion, un élixir, qui me reliait à des savoirs anciens et enfouis.

Dans cet article

Qu’est-ce qu’une décoction?

Une décoction consiste à faire mijoter les plantes (parties plus coriaces) à faible bouillon afin d’en extraire les constituants des parties plus tenaces. Comparées aux infusions, les décoctions sont plus concentrées, bien souvent, et donnent souvent un liquide riche, parfois plus sombre, au goût marqué.
On peut les utiliser en interne et en externe, selon nos besoins

Attention, on dit bien « faible bouillon » - on ne veut pas appliquer une chaleur trop intense, pour éviter de trop dénaturer les composés.

Comme mentionné, la décoction s’applique surtout aux parties plus tenaces des plantes, en général : écorces, champignons, baies et racines. Il existe toutefois des exceptions à cette règle. Pour certaines plantes, leurs parties coriaces ne se prêtent pas à la décoction. Certaines racines pourront même être préparées en infusion froide – comme la racine de guimauve, par exemple. Ou se prêteront à la simple infusion, comme les racines de valériane notamment.

Il y a aussi toute la question de la solubilité à considérer. Certains composés des plantes s’extraient bien dans l’eau, d’autres non. La graine de chardon Marie, par exemple, est peu intéressante en extraction aqueuse : son composé d’intérêt principal, la silymarine, est très peu soluble dans l’eau. On privilégiera alors sa préparation en teinture, par exemple, pour l’extraire dans l’alcool. Si vous avez envie d’apprendre à faire vos propres teintures, je vous suggère de lire cet article également : Comment faire sa teinture de plantes médicinales : 10 étapes faciles

À partir de la décoction, on peut obtenir des concentrés : pour ce faire, on réduit la décoction davantage. On utilise ces concentrés pour nos sirops médicinaux, que l’on agrémente de miel ou de mélasse, et parfois d’alcool, pour favoriser la conservation sur quelques semaines (et améliorer le goût diront certain.e.s!).

Pour apprendre à faire vos sirops, vous devrez vous inscrire au cours Materia Medica. On vous y lègue tous les secrets!

En herboristerie, chaque méthode d’extraction a son rôle.

Comment préparer une décoction?

Il existe plusieurs façons de faire, mais le principe de base reste toujours le même : mijoter doucement.

1. Placer les plantes dans de l’eau froide, en quantité suffisante pour qu’elles puissent flotter librement. Couvrir.
2. Amener à faible bouillon.
3. Réduire le feu si nécessaire et laisser mijoter à faible bouillon, toujours avec un couvercle.
4. Retirer du feu.
5.  Filtrer.
Main brassant une décoction qui mijote dans un gros chaudron, dans la forêt

La durée de la décoction varie selon les plantes. Un peu plus loin dans cet article, je vous propose des temps de décoction pour différentes plantes vues dans le cours Materia Medica.

Il faut savoir que les plantes contenant beaucoup d’huiles essentielles ou de résines – même lorsqu’il s’agit de racines – doivent généralement mijoter plus brièvement pour préserver leurs constituants volatils, comme le gingembre (maximum 5 minutes). Pour ces plantes, il est d’autant plus important de couvrir la préparation pendant la décoction (et durant le temps de repos qui suit, si nécessaire) afin de conserver les huiles au maximum.

Une variante intéressante
On peut laisser les plantes tremper dans l’eau froide quelques heures avant de chauffer, ou même toute une nuit, pour potentialiser l’extraction.

Conservation
Les décoctions se conservent plus longtemps que les infusions. Elles se gardent jusqu’à une semaine au réfrigérateur.

Temps de décoction selon les différentes plantes

Voici quelques suggestions de temps de décoction pour quelques plantes vues dans le Materia Medica. Ensuite, il faut savoir qu’il peut y avoir différentes approches en herboristerie et que différent.e.s herboristes pourraient offrir des recommandations variables. Expérimentez!

Actée noire (Actaea racemosa) - racine : 45 min.
Angélique (Angelica archangelica) - racine : Faire mijoter pendant 2 minutes à couvert. Retirer du feu et laisser reposer à couvert 15 minutes.
Aralia (Aralia nudicaulis) - racine : 45 minutes.
Ashwagandha (Withania somnifera) - racine : 45 minutes dans l’eau ou 10 minutes dans du lait. Autre option : faire mijoter 10 minutes, puis laisser infuser à couvert durant 30 minutes.
Astragale (Astragalus membranaceus) - racine : 1 heure. Autre option : mijoter 30-45 minutes et laisser reposer durant 30 minutes.
Aubépine (Crataegus monogyna, C. laevigata) – baies : Mijoter 15-20 minutes et laisser reposer à couvert durant 30 minutes.
Aunée (Inula helenium) – racine :  45 minutes (Les huiles essentielles s’évaporent rapidement avec la décoction, et cette préparation n’est généralement pas priorisée pour cette plante, puisqu’on l’utilise surtout pour bénéficier de ses huiles. Cela dit, certain·e·s herboristes mentionnent utiliser la décoction pour faire un travail de fond, par exemple lorsqu’il y a présence d’Humidité et de Glaires ou pour le vide de Qi du Poumon, selon la vision de la MTC.)
Bardane (Arctium lappa) - racine : 20-30 minutes.
Cannelle (Cinnamomum verum) - écorce : 10-20 minutes.
Céanothe (Ceanothus americanus) – racine : 45 minutes.
Chaga (Inonotus obliquus) – champignon (fruits) : faire mijoter 30 à 60 minutes si le chaga est en très petits morceaux ou en poudre, dans cinq fois le volume d’eau du champignon. On peut prolonger le mijotage plus longtemps pour un champignon entier.
Codonopsis (Codonopsis pilosula) – racine : Faire mijoter 30 minutes et laisser reposer une heure.
Curcuma (Curcuma longa) – rhizome frais : Faire mijoter 5 minutes.
Échinacée (Echinacea purpurea, Echinacea angustifolia) - racine : 45 minutes.
Éleuthérocoque (Eleutherococcus senticosus) – racine : 45 minutes. Autre option : faire mijoter 20-30 minutes, puis laisser reposer à couvert pour 1 heure.
Gingembre (Zingiber officinale) – rizhome : 5 minutes.
Ginseng américain (Panax quinquefolius) : racine : 1-2 heures (surtout si les racines sont entières). Il est même possible de manger la racine après la décoction!
Ginseng asiatique (Panax ginseng) - racine : 1-2 heures (surtout si les racines sont entières). Autre option : mijoter 30 minutes (dans un contenant qui n’est pas en métal) et laisser reposer couvert pour 1 heure. On peut même manger la racine après la décoction!
Igname sauvage (Dioscorea villosa) – racine/tubercule : Laisser mijoter pour que la décoction libère des bulles de savon, devienne rougeâtre et sente Noël.
Marronnier d’inde (Aesculus hippocastanum) – graines : Laisser infuser les marrons séchés et broyés une nuit entière dans l’eau froide, puis faire bouillir 30 minutes.
Ortie (Urtica dioica) – Racine : 30-40 minutes.
Patience crépue (Rumex crispus) – racine : 45 minutes.
Pimbina (Viburnum trilobum) - écorce : 15 minutes (ou faire une longue décoction concentrée pour application externe).
Pissenlit (Taraxacum officinale) – racine : 20-40 minutes.
Pivoine blanche (Paeonia lactiflora) – racine : 45 minutes. Autre option : mijoter 10 minutes et laisser reposer à couvert 40 minutes.
Raisin des montagnes (Mahonia aquifolia) – racines et écorce des racines : mijoter durant 20 minutes.
Réglisse (Glycyrrhiza glabra) – racine : Certain·e·s recommandent de faire mijoter au maximum 10 minutes, tandis que d’autres suggèrent un mijotage de 10 à 15 minutes suivi d’une infusion à couvert pour 10 à 15 minutes de plus.
Reishi (Ganoderma lucidum, Ganoderma tsugae) – champignon (fruit) – 1 à 4 heures. Si le champignon est entier, on doit le faire mijoter plus longtemps.
Rhodiola (Rhodiola rosea) – racine : 45 minutes. Autre option : mijoter durant 15 minutes et laisser reposer à couvert 45 minutes.
Saule blanc (Salix alba) – écorce ou petites branches : Mijoter 20-30 minutes.
Schisandra (Schisandra chinensis) – baies : Faire mijoter les baies 5-10 minutes puis laisser infuser à couvert au moins 20-30 minutes. On peut aussi faire une décoction et laisser mijoter 45 min.
Shatavari (Asparagus racemosus) – racine : 45 minutes. Peut être préparé en décoction dans l’eau ou le lait. Autre possibilité : mijoter durant 10-15 minutes, puis laisser reposer 40 minutes à couvert.
Sureau (Sambucus nigra, Sambucus canadensis) – baies : 45 minutes.

*Avant d’utiliser une plante, il est essentiel de bien l’identifier et de vérifier qu’elle est sécuritaire pour nous. Certaines plantes peuvent interagir avec des médicaments, ou être contre-indiquées avec certaines conditions de santé, pendant la grossesse ou l’allaitement. Dans ce cas, mieux vaut consulter un.e thérapeute qualifié.e pour obtenir conseil.

Femme ave un verre de décoction qui regarde par la fenêtre une forêt d'hiver

Le tonique d’hiver de Caroline

Voici le tonique d’hiver de Caroline. Une recette que j’affectionne particulièrement et que j’utilise personnellement chaque hiver depuis quelques années. En décoction, on prépare :
-Baies de schisandra
-Racines d’astragale
-Racines d’ashwagandha

Dans ma version personnelle, j’aime ajouter des racines de pissenlit également.
Ce tonique est délicieux! Il a une belle acidité, et un petit goût fruité et terreux que j’apprécie beaucoup.

Pour aller plus loin

Apprendre à bien préparer les plantes est un art qui se développe avec l’expérience… et avec un bon cours en herboristerie! Bien préparer nos plantes nous assure aussi que nos remèdes seront efficaces, et qu’on en retire le plus possible le potentiel médicinal.

Pour approfondir les méthodes d’extraction, les usages thérapeutiques et les profils des plantes médicinales, le cours Materia Medica de FloraMedicina est une ressource complète, dynamique et accessible! Un cours qui saura transformer votre quotidien! C’est un excellent point de départ pour toute personne qui souhaite découvrir – ou redécouvrir sous un nouvel angle – la richesse des plantes médicinales.

Sources : Medicinal Mushrooms (C. Hobbs, 2020), Médecine traditionnelle chinoise : Plantes médicinales occidentales (A. Vastel et S. Chagnon, 2020), Adaptogens (D. Winston, 2007), Materia Medica (C. Gagnon, V. Lanctôt-Bédard, V. Méthot et collaborateurs/collaboratrices, 2021)
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