Devenir herboriste : une diversité d'approches et de métiers!

Sep 1 / Caroline Gagnon
Devenir herboriste est le parcours de toute une vie, mais il faut bien commencer quelque part!
Pour moi, l’herboristerie est plus qu’un métier : c’est une passion qui s’immisce dans tous les aspects de nos vies. Être herboriste, c’est d’abord et avant tout désirer entrer en relation avec les plantes et le monde naturel. Avant de devenir « expert.e », il est normal d’être apprenti.e herboriste ou herboriste en herbe durant quelques années!
Dans cet article
Mon souhait le plus cher en écrivant cet article est de vous montrer toute la richesse et la diversité qui existe au sein de ce domaine. J’aimerais aussi vous inviter à vous approprier cette aspiration et cette identité, à votre manière!
« Depuis la nuit des temps, le soin à l'aide des plantes est pratiqué de manière variée et
dans différentes régions du globe et diverses traditions.
C'est sa grande diversité qui confère à l'herboristerie une grande capacité de résilience. »
En Amérique du Nord, l’appellation « herboriste » n’est pas encadrée par la loi et cela permet une grande diversité de pratiques. Nous savons cependant que certains pays ont réduit l’herboristerie à une branche de la pharmacologie - le conseil au comptoir en pharmacie ou en herboristerie - la limitant trop souvent à une équation simpliste alliant plantes et maladies. Limiter ainsi cette riche pratique efface malheureusement toute la diversité qui la caractérise.

Devenez herboriste à votre façon!

Bien entendu, pratiquer l’herboristerie dans une optique d’accompagnement et de médecine intégrative demande une grande rigueur ainsi qu’une compréhension approfondie du corps humain, de la biologie cellulaire, de la pathogenèse et du mode d’action de chaque plante. C’est pour raison que nous avons créé une formation clinique visant à former des herboristes clinicien.ne.s et des herboristes-thérapeutes. Il existe cependant une foule d’autres façons de pratiquer l’herboristerie ou même d’en faire votre métier. 

Par ailleurs, on peut aussi pratiquer l’herboristerie juste pour soi, ou dans le but de soigner sa famille. Je vous invite donc à vous approprier cette pratique avec créativité et passion! Toutes les raisons sont bonnes pour répondre à l’appel des plantes et des savoirs ancestraux. C’est pourquoi FloraMedicina offre également de nombreux cours pouvant être suivis pour le simple plaisir d’apprendre!

À travers les années, j’ai eu la chance de rencontrer et de former des herboristes qui étaient aussi des artistes, cuisinier.ère.s, chercheur.euse.s, médecins, infirmier.ère.s, éducateur.trice.s, herboristes engagé.e.s, cultivateur.trice.s, cueilleur.euse.s., fabricant.e.s de produits et j’en passe. 

Il fut un temps où l’on retrouvait un.e herboriste dans chaque village. Je vous encourage donc à devenir l'herboriste de votre village ou de votre quartier: peu importe la forme par laquelle votre pratique se déploiera! 

Éduquer pour assurer la pérennité des plantes et des écosystèmes 

Plusieurs herboristes se sont donnés pour mission de travailler avec les plantes tout en aidant à protéger les écosystèmes d’où elles proviennent. L’herboriste est souvent écologiste dans l’âme puisqu’elle ou il cherche à préserver l’équilibre présent dans le monde naturel. 
Anne Armbrecht est un bon exemple de ce type de profil. Elle est à l’origine du Sustainable Herbs Project qui vise à fournir de l’information sur la provenance des plantes médicinales distribuées à travers le monde. Elle a donc fait le tour de la planète pour mieux en comprendre les chaînes d’approvisionnements en évaluant à la fois leur conséquence sur l’environnement et sur les travailleur.euse.s. Cela permet aux herboristes du monde entier, ainsi qu’à toute personne consommant des plantes médicinales, d'utiliser les plantes de manière écologique et éthique afin de transformer cette industrie. 

En France, le Conservatoire National des Plantes veille aussi à la préservation de la biodiversité et le fait en conservant les semences d’une grande variété de plantes médicinales ou aromatiques. 

La botaniste, biologiste et membre de la nation Potawatomi, Robin Wall Kimmerer, œuvre quant à elle à la préservation des plantes et de leurs écosystèmes par la voie de livres, de conférences, mais aussi d’actions concrètes posées sur ses propres terres. Elle propose une éthique de cueillette honorable qui gagnerait à être connue par toute personne s’intéressant à la cueillette sauvage. 

Prendre soin de la biodiversité est donc une façon, à part entière, de pratiquer l’herboristerie. 

Transmettre les savoirs ancestraux

Les herboristes placent souvent la transmission au cœur de leur pratique. C’est le chemin que j’ai moi-même choisi, il y a de cela plusieurs années, en faisant de l’éducation populaire dans divers centres communautaires et associations. J’ai vite découvert la véritable joie d’aider les gens à connaître la flore urbaine et sauvage qui les entoure. 

Ainsi, plusieurs herboristes organisent des ateliers populaires (marches d’identification dans les ruelles ou en forêt, des séances de fabrications de produits, etc.) afin de partager leur savoir avec les autres membres de leur communauté et d’aider les gens à renouer avec le vivant. 

Quelques établissements scolaires ont d’ailleurs commencé à mettre en place des ateliers d’herboristerie permettant aux enfants de faire pousser des plantes médicinales et de fabriquer leurs propres mélanges de tisane. 
Enfant entourée de camomille

Honorer notre lignée 

À travers toutes ces belles initiatives, il est crucial de ne pas oublier de transmettre avant tout notre amour pour la nature et le souci de préserver les ressources que nous y puisons.
« La transmission des savoirs ancestraux est un aspect important de notre pratique puisque c’est ainsi qu’ils peuvent conserver leur vitalité. Transmettre est aussi essentiel parce que l’herboristerie, loin d’être la chasse gardée d’une élite, est la médecine du peuple : notre héritage à toutes et à tous. En pratiquant l’herboristerie, à n’importe quel niveau, on devient nous-mêmes un maillon de cette importante chaîne qui unit le passé, le présent et le futur. » 
J’ajouterais aussi qu’il nous faut honorer les personnes qui nous ont transmis ce précieux héritage en partageant nos sources. J’ai appris auprès de plusieurs enseignant.e.s, mais j’ai principalement reçu les enseignements de l’herboriste Carol McGrath qui elle les avait reçus de James Green. Ainsi, j’honore ma lignée d’herboristes lorsque je précise à mes propres étudiant.e.s que Carol est en fait leur grand-mère herboriste!

Inviter les plantes médicinales dans nos cuisines et nos jardins 

Il ne suffit pas d’étudier l’usage des plantes pour participer à la vitalité de l’herboristerie : il faut aussi que les plantes médicinales reprennent leur place dans nos jardins, dans nos cuisines et à même nos habitudes de vie. C’est pourquoi certain.e.s herboristes choisissent de les cultiver, de les cueillir, d’en récolter les semences ou même de les cuisiner dans le cadre de leur métier. 

Dans l’assiette 

Dans les cuisines, on voit de plus en plus de chefs de renoms s’intéresser aux propriétés médicinales des plantes et des aliments. Il n’est plus rare de voir de grands restaurants intégrer des plantes médicinales et locales à leur plat. C’est une très bonne chose puisqu’en ajoutant ainsi des plantes à notre assiette, on ajoute des phytonutriments qui sont essentiels au maintien d’une bonne santé. 

Au jardin 

Les plantes médicinales font également un grand retour dans le monde de l’aménagement paysager. De nombreux particuliers décident d’ajouter de ce type de plantes à leurs jardins afin d’y cultiver la diversité, d’attirer les pollinisateurs et, bien sûr, de profiter de leurs propriétés médicinales. 

Faire pousser des plantes médicinales est d’ailleurs un art en soi! Si cela vous intéresse, je vous conseille fortement de vous procurer le livre The Organic Medicinal Herb Farmer qui est une véritable bible en ce qui a trait à la culture des plantes médicinales. 

Les herboristes semencières et semenciers

Parce que tout commence par une semence, j’aimerais mentionner l’important travail des semencières et semenciers qui cultivent des variétés médicinales afin que celles-ci puissent continuer à être plantées. Au Québec, Les jardins féconds de Kélanie, Terre Promise et les Semences du Portage contribuent, chacun à leur manière, à cette préservation. 
Livre pour apprendre à faire pousser des plantes médicinales

Les herboristes cueilleuses et cueilleurs

Le rôle des cueilleuses et cueilleurs est aussi essentiel dans l’approvisionnement en plantes médicinales. Ces passionné.e.s de nature connaissent les forêts et les champs qui les entourent comme le fond de leurs poches. Elles et ils apprennent à identifier une vaste variété d’herbes et de plantes médicinales afin de les cueillir – sans jamais mettre en péril leur vitalité. 

Ce sont également eux et elles qui sont les premiers témoins des conséquences des changements climatiques sur les populations de plantes et aussi de la perte des milieux par la coupe forestière ou l’étalement urbain. 

En France, l’Association française des professionnels de la cueillette de plantes sauvages est, selon moi, un exemple à suivre. Ils se sont dotés d’un cadre dont plusieurs pays devraient s’inspirer afin de préserver la biodiversité tout en permettant d’user des herbes locales.  
L'herboriste gaspésienne Rose-Hélène Tremblay

Les herboristes paysans et paysannes

Un autre des métiers de l’herboristerie est celui de paysan.ne-herboriste. Ce titre regroupe toutes les personnes qui cultivent des plantes médicinales, à échelle humaine, afin de les vendre sur place, dans des marchés locaux ou de les transformer. Ce sont des gens qui connaissent intimement les plantes qu’ils cultivent et qui ont donc une relation privilégiée avec elles. 

C’est chez elles et eux que l’on peut retrouver des produits d’une très grande qualité puisque leurs cultures sont souvent traitées aux petits oignons et que chaque étape de la production est réalisée avec attention. 

La Fédération des Paysan.ne.s Herboristes, qui inclut aussi le Syndicat des Simples, est une autre magnifique organisation qui regroupe différents organismes ainsi que des groupements de petits producteurs et productrices. Elle vise à assurer la reconnaissance de la profession de paysan.ne herboriste afin de permettre de pouvoir exercer pleinement ce métier. 

Les herboristes productrices et producteurs  

Finalement, certaines personnes choisiront de faire de la production de plantes médicinales à grande échelle. Ce métier est aussi très important puisqu’il permet d’approvisionner des commerces, des distributeurs et des laboratoires qui fabriqueront des produits destinés à un large public. 

Le métier d'herboriste vous intéresse?

Dans cette entrevue, Caroline Gagnon vous parle de ses nombreuses facettes!
Write your awesome label here.

Fabriquer des produits à base de plantes

Fabriquer des produits et remèdes à base de plantes nécessitent plus qu’une recette : cela requiert une bonne dose de talent, l’usage de nos cinq sens, un soupçon d’alchimie, une pincée de créativité et de l’amour, bien entendu, un ingrédient essentiel à toute bonne potion!

Des teintures-mères aux produits de beauté en passant par le matériel d’art ou même par des mélanges d’infusion sur mesure, les herboristes qui fabriquent des produits à base d’herbes sont, selon moi, de véritables artistes. 

Ce métier peut d’ailleurs prendre diverses formes. Certaines personnes choisiront de concevoir leur propre ligne de produits, alors que d’autres travailleront de pair avec des herboristes-thérapeutes afin de leurs fournir des remèdes sur mesure convenant au besoin de leur clientèle. 

Au Québec, la Clef des Champs est le plus grand producteur et transformateur de produits d’herboristerie. 

L’art de soigner à l’aide des plantes médicinales

Les herboristes qui travaillent en boutique participent à soigner leur clientèle lorsque celle-ci les consulte pour des troubles de santé mineurs (comme les troubles du sommeil, la grippe ou le rhume, les nausées, les douleurs musculaires etc.). Dans la tradition apothicaire, elles et ils conseillent des produits, des plantes et des mélanges, participant ainsi à en démocratiser l’usage. De cette façon, on peut dire qu’elles et ils sont un peu les « premiers répondants » du monde de l’herboristerie.  

Pour un accompagnement plus poussé, lorsqu’une personne a reçu un diagnostic ou qu’elle souhaite entamer une démarche pour retrouver la santé, elle consultera un.e herboriste clinicien.ne ou herboriste-thérapeute. Je ne vous le cacherai pas : devenir herboriste-thérapeute nécessite beaucoup d’engagement et d’années d’étude. C’est pourtant un des métiers les plus valorisants qui soit et je ne me serais jamais vu en faire un autre!

Pour en apprendre plus sur le parcours d’herboriste-thérapeute, la formation clinique et sur notre programme thérapeute , je vous invite à participer à nos prochaines portes ouvertes virtuelles. Et si vous vous demandez comment choisir la bonne école pour vous, je vous conseille fortement de lire cet article

Une formation en herboristerie clinique – ainsi que le diplôme qui lui est associé – peut vous permettre de travailler avec d’autres intervenants de la santé, dans une optique de médecine intégrative. 
FloraMedicina offre une formation à distance complète
en herboristerie clinique
Mon entretien avec Thierry Thévenin,
un herboriste-paysan très engagé

Devenir un.e herboriste engagé.e

Lorsque l’on se préoccupe des plantes et des savoirs ancestraux, une partie de nous se soucie aussi de la nature ainsi que de la cause des femmes et des populations autochtones et paysannes– qui ont porté ses savoirs pendant des générations et qui les portent encore. Œuvrer pour la pérennité de l’herboristerie, c’est œuvrer pour le droit fondamental de tout être humain à pouvoir la pratiquer et à acquérir ainsi une certaine autonomie face à son corps, à son environnement et à sa culture. 

Si vous avez le désir de vous engager, vous verrez que l’herboristerie vous donnera de multiples occasions de le faire. C’est aussi l’une des voies que j’ai choisie en m’impliquant, au fil des années, comme porte-parole ou comme présidente de la Guilde des herboristes afin de faire valoir ce champ de pratique auprès des instances gouvernementales et internationales.
Certaines associations ont même choisi de ne s’attarder qu’au droit d’utiliser une seule plante en concentrant toute leurs énergies autour de celle-ci. On peut penser à La Maison de l’Artemisia qui contribue à lutter contre le paludisme (ainsi que d’autres maladies) à l’aide de l’Artemisia. 

Si l’avenir de l’herboristerie ainsi que les enjeux présents vous intéressent, je vous invite aussi à lire ce document présentant l’État des lieux de l’herboristerie au Québec ainsi que cet article de blogue.

Qu’il s’agisse de protéger une plante à grande échelle ou de préserver un petit boisé situé à l’arrière de votre maison : tous les gestes comptent lorsque la santé du monde naturel nous tient à cœur.

Je souhaite mentionner ici le travail de toutes les personnes qui étudient les plantes médicinales au sein des centres de recherches. Que ce soit dans le domaine de la pharmacologie, de la sociologie ou même de la biologie, je crois que ces chercheuses et chercheurs ont aussi un cœur d’herboriste et qu’elles et ils contribuent à faire rayonner ses savoirs. 

En résumé

Cet article n’est qu’un survol de toute les manières dont vous pouvez devenir herboriste et pratiquer l’herboristerie. Évidemment, vous n’avez pas à vous cantonner à l’une ou à l’autre de ces catégories. Vous pouvez faire un peu de toutes ces choses si c’est ce que votre cœur réclame. J’espère avoir réussi à vous inspirer et à démystifier un peu les nombreux aspects de la vie d’herboriste.

L’herboristerie c’est ma vie, et c’est donc beaucoup plus qu’un métier.
C’est d’abord pour soi qu’on la pratique et pour pouvoir être aux côtés de ces êtres que l’on aime (les plantes!). 

Une jeune de fille de 12 ans, qui a suivi notre cours Soignez vos proches, était agréablement surprise de constater que j’y parlais des plantes comme s’il agissait de véritables personnes. Son étonnement m’a frappé, car il s’agit d’une évidence pour moi : les plantes sont nos alliées et une fois que nous allons à leur rencontre, on ne peut plus se passer de leur présence! 

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