Herboriste, herbaliste ou phytothérapeute?

Blogue | Titres de profession en herboristerie | FloraMedicina, école d'herboristerie

Quelle est la différence entre un ou une phytothérapeute et un ou une herboriste-thérapeute? Pourquoi certaines personnes choisissent-elles de s’identifier comme naturopathes-herboristes, alors que d’autres se nomment tout simplement herboristes ou encore Maîtres herboristes? Et que dire du mot herbaliste? Les titres utilisés pour identifier les personnes expertes en plantes médicinales sont variés, et façonnés par les traditions, les histoires et les lois régionales particulières. Au cours de la majeure partie de l’histoire de l’humanité, les gens ont eu recours aux herboristes de leur région. Le titre que portaient ces personnes était clair; tout le monde savait à quoi s’attendre, et dans bien des cas, on connaissait l’herboriste, directement ou de réputation. Avance rapide au XXIe siècle, où la proximité virtuelle de toutes ces différentes régions offre autant de possibilités que de confusion. En effet, un groupe typique d’étudiantes et d’étudiants chez FloraMedicina regroupe des femmes et des hommes localisés dans de nombreux pays différents, répartis à travers plusieurs continents. Aussi, la question la plus fréquente qui nous est posée en tant qu’herboriste est sans contredit la signification de ces termes et la différence entre chacun d’eux. Tout ceci nous a amenés à écrire ce billet aujourd’hui, dans un humble effort de clarifier la chose.

Il n’est pas aisé de définir ces termes de manière claire et concise, puisqu’il n’existe pas de consensus. Ainsi, nous essayerons ici de les définir au meilleur de nos connaissances, et nous vous demandons de garder en tête que le monde de l’herboristerie est en pleine évolution : certains termes sont appelés à évoluer et à changer, et ce, parfois avec une certaine rapidité.

Herboriste

Le terme herboriste est assez général et désigne une personne qui utilise les plantes médicinales de manière thérapeutique, les cultive, les transforme ou les vend en boutique ou au marché. Ce terme désigne donc à peu près tous les aspects du travail avec les plantes médicinales, d’un bout à l’autre du cycle, depuis le jardin jusqu’à la recommandation d’un extrait traditionnel. En France le diplôme d’herboriste a été supprimé en 1941.

Herboriste-clinicien

Au Québec, le terme herboriste-clinicien est utilisé pour différencier les personnes qui utilisent les plantes médicinales de manière thérapeutique, dans un contexte de consultation en clinique, de celles qui les cultivent ou les transforment. Évidemment, un bon nombre d’herboristes-cliniciens cultivent et transforment aussi les plantes médicinales qu’ils utilisent, mais ce n’est pas toujours le cas et ce n’est pas toujours possible. Ceci dit, les herboristes-cliniciens utilisent tout de même principalement des préparations traditionnelles.

Herboriste-thérapeute accrédité, HTA

Préparations traditionnelles en herboristerie

Les méthodes de transformation et d’extraction traditionnelles incluent, mais ne sont pas limitées à : les teintures (ou teintures mères), les décoctions, infusions (tisanes), réductions, sirops, cataplasmes, vinaigres, huiles et beurres médicinaux. Pour plus de détails sur la pratique clinique de l’herboristerie, nous vous invitons à lire le billet de blogue 8 raisons de consulter en herboristerie ainsi que notre page consulter un herboriste. Pour plus d’informations sur les méthodes d’extraction et de transformation traditionnelles, écoutez l’une de nos nombreuses capsules vidéo disponibles expliquant plusieurs de ces transformations de base.

Comme pour le titre herboriste-clinicien, le titre herboriste-thérapeute est utilisé pour nommer la pratique clinique de l’herboristerie. C’est aussi le terme qui a été choisi par l’Aile professionnelle de la Guilde des herboristes du Québec lorsqu’elle a créé, en 2006, son processus d’accréditation. Voici un extrait de sa mission, qui réflète bien ce que signifie le terme herboriste-thérapeute accrédité, HTA :

« En tant qu’instance d’accréditation d’herboristes thérapeutes, depuis 2006, l’Aile professionnelle de la Guilde des herboristes s’assure auprès de ses membres, de la compréhension et de la connaissance des risques liés à la pratique de l’herboristerie afin d’assurer l’innocuité de la pratique et la sécurité des clients. Notre organisation s’appuie également sur des critères nationaux et des normes pancanadiennes reliés à la profession par l’entremise de notre participation au CCHA (Conseil canadien des associations d’herboristerie).

L’équipe d’accréditation de l’Aile professionnelle évalue de nombreux aspects de la pratique des candidat(e)s qui déposent leur dossier afin d’être accrédité(e)s herboristes thérapeutes par notre instance. Nous exigeons le respect d’une éthique professionnelle, un très bon niveau de connaissances en anatomie et en nutrition, une excellente maîtrise des actions thérapeutiques des plantes médicinales, des contre-indications, l’acquisition d’une formation et/ou une expérience substantielle en herboristerie thérapeutique ou clinique, ainsi que l’adhésion à la philosophie de l’herboristerie traditionnelle qui préconise le lien avec le vivant et le respect de l’environnement. »

Maître herboriste

Grande dame de l’herboristerie au Québec, Marie Provost utilise le titre Maître herboriste. Elle nous explique pourquoi : « Ce titre nomme l’expertise de l’usage thérapeutique des plantes médicinales, mais il inclut aussi la transformation, le coaching et l’éducation. Toutes ces facettes de mon métier sont très importantes pour moi. Aussi, le mot “Maître” indique que le niveau d’études est équivalent à une maîtrise dans tout autre domaine académique. »

Phytothérapeute

En Europe, ce terme désigne une spécialisation en plantes médicinales acquise par un autre professionnel de la santé ayant habituellement le droit de prescription, comme un médecin ou un pharmacien. Plusieurs autres professionnels de la santé, tels que les ostéopathes, les naturopathes et les kinésithérapeutes peuvent aussi se spécialiser en étudiant la phytothérapie. Au Québec, la signification est fortement associée aux produits fabriqués par les laboratoires Vachon (depuis 1953), ainsi qu’aux personnes que la compagnie a formées pour l’utilisation de leurs produits. Que ce soit au Québec ou en Europe francophone, les produits de phytothérapie sont en général issus de laboratoires, donc plutôt apparentés à des suppléments qu’à des préparations traditionnelles.

Simples

Plantes médicinales seules, par opposition à un mélange de plantes médicinales ou une formule. Ainsi, une recette ou une formule sera établie à partir de simples, comme la camomille ou la cataire.

Naturopathe/naturopathe-herboriste

Étant donné que la pratique clinique de l’herboristerie a presque complètement disparu de plusieurs pays francophones pendant plusieurs générations, de nombreuses et de nombreux herboristes ont choisi, surtout par le passé, de s’associer à la naturopathie. En effet, malgré des histoires et des approches philosophiques très différentes, la pratique clinique peut être similaire, et plusieurs disciplines étudiées et utilisées se recoupent d’une tradition à l’autre, par exemple l’alimentation naturelle et l’étude de la physiologie humaine. Plusieurs naturopathes choisissent de faire une grande place aux plantes médicinales, de même que plusieurs herboristes vont utiliser des suppléments dans leur pratique, quoiqu’habituellement de manière marginale. En bref, les naturopathes-herboristes sont généralement des naturopathes s’étant spécialisés dans l’utilisation des plantes médicinales, ou des herboristes-thérapeutes qui ont choisi la reconnaissance de la naturopathie, leurs acquis ayant été reconnus par une association de naturopathes.

Herbaliste

Plusieurs praticiens et praticiennes, en Europe, commencent à adopter ce terme, qui est une francisation du terme anglais herbalist. Il désigne en fait ce que nous appelons herboriste-thérapeute au Québec, et implique la transformation de plantes médicinales de manière traditionnelle et l’apprentissage de leurs usages cliniques.

Le monde anglophone des plantes médicinales

En Angleterre, aux États-Unis, en Nouvelle-Zélande et en Australie, les traditions herboristiques ont survécu à l’inquisition, à la montée de la médecine allopathique ainsi qu’au quasi-monopole pharmaceutique. Au Québec, l’influence des traditions anglophones qui nous entourent se fait sentir, tant au niveau du type de pratique que dans les termes utilisés.

Petit survol des termes utilisés dans le monde anglophone

Plusieurs termes utilisés impliquent une hiérarchie au niveau des connaissances et de l’expertise. Le community herbalist ou le village herbalist est en fait l’herboriste de village, vers qui l’on va pour s'occuper de ce que la mère ou la grand-mère n’est pas capable de soigner toute seule, par exemple une grippe qui perdure ou des troubles digestifs de base. Le deuxième niveau serait celui de clinical herbalist, master herbalist ou medical herbalist. Ces termes désignent des thérapeutes ayant une connaissance beaucoup plus approfondie de la biologie humaine et des processus pathologiques, et qui seront consultés lorsque le cas se complique, avec des troubles de dégénérescence, par exemple.

La richesse de la diversité

Un peu partout dans le monde francophone, l’herboristerie reprend graduellement sa place et se fait de plus en plus connaître du grand public. Avec cette visibilité grandissante, les besoins d’encadrement et de s’entendre sur la signification des différentes appellations se font sentir, et un peu partout les herboristes s’organisent.

Par ailleurs, il est intéressant de noter que cette diversité des termes reflète aussi une grande richesse : l’herboristerie a existé partout et depuis toujours, et regroupe de ce fait une multitude de pratiques, toutes ancrées dans un contexte social et écologique qui leur est propre. Ainsi, l’herboriste chinois aura sans doute une approche très différente de celle de l’herboriste sénégalais, quechua, bostonien, gaspésien, new-yorkais ou russe. Prunella vulgaris, par exemple, est utilisée depuis des centaines d’années tant en Chine qu’en Europe, mais avec un usage différent. Gardons aussi en tête que la vision de la santé et de la maladie est culturelle, et donc que la manière de soigner la pathologie l’est tout autant. Dans une même région, le dosage suggéré pour une même plante et pour la même personne par deux herboristes différents peut varier de 2 gouttes à 40 gouttes, selon l’école de pensée à laquelle chacun d’eux adhère. Quelle est la ligne commune de ces pratiques? Qu’est-ce qui fait que quelqu’un fait partie de la grande famille de l’herboristerie? La reconnaissance que la plante est un être vivant en soi, et non pas la somme de ses constituants, ce qui mène à la possibilité d’une connexion avec la plante, à la rencontre de vivant à vivant. C’est un langage commun qui fait en sorte que lorsqu’un herboriste rencontre un herboriste de l’autre bout du monde, même si la pratique de chacun peut être très différente, une certaine familiarité est présente, une reconnaissance de cette connexion avec le vivant, avec le monde végétal.

Pour en savoir plus sur nos formations, cliquez ici.

Pour consulter une herboriste, cliquez ici.