Interactions plantes médicinales - médicaments

Quels sont les plantes médicinales qui interagissent avec la prise de certains médicaments et comment ces derniers sont ils affectés ?

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Évidemment, la médecine conventionnelle nous suggère de ne pas consommer de plantes médicinales si on prend des médicaments. En un sens, elle n’a pas tort : notre compréhension des interactions entre les plantes médicinales et les médicaments demeure, à ce jour, essentiellement spéculative, sauf quelques cas bien documentés. notre compréhension des interactions entre les plantes médicinales et les médicaments demeure, à ce jour, essentiellement spéculative, sauf quelques cas bien documentés. Mais si on raisonne de cette manière, il faudrait aussi arrêter de manger puisque tout aliment produit un effet sur l’organisme ! Il faudrait aussi cesser de prendre des suppléments. À l’inverse, les médecines alternatives tendent plutôt vers la réduction ou l’élimination des médicaments et suggèrent de les remplacer par des produits naturels. Ça devient un choix de vie, finalement. À mon avis, il est déplorable de tenir les plantes médicinales responsables de toute réaction indésirable. C’est entre autres ce qui s’est passé avec le kava-kava, maintenant retiré du marché au Canada : on lui a imputé des effets secondaires graves, mais on n’a pas étudié les cas de façon adéquate. On a attribué au kava-kava des effets secondaires graves alors qu’il n’a probablement joué qu’un rôle mineur dans les intoxications rapportées. Il est donc temps de faire la lumière sur ce sujet brûlant d’actualité. Sans nier l’action métabolique des plantes médicinales, je crois important de rééquilibrer les perceptions de danger à leur égard.

Comment aborder la question ?

Lorsque l’on consomme des médicaments, ceux-ci entrent en contact avec tout ce que l’on a ingéré. Aliments, suppléments ou plantes médicinales peuvent donc modifier la façon dont les médicaments sont absorbés, métabolisés, distribués et éliminés. Chacune de ces interactions possibles peut augmenter ou diminuer leur efficacité, leurs effets secondaires ou leur durée d’action (voir le tableau Synthèse des facteurs d’interaction en page…).

  •  Absorption : Les médicaments sont généralement absorbés dans l’intestin. La qualité de l’absorption dépend du temps que les substances passent dans l’intestin et de la capacité de ce dernier de faire son travail adéquatement. Tout ce qui augmente ou ralentit le transit intestinal (aliment, plante ou autre médicament) peut donc influencer cette fonction. La qualité de l’absorption dépend du temps que les substances passent dans l’intestin et de la capacité de ce dernier de faire son travail adéquatement. Tout ce qui augmente ou ralentit le transit intestinal (aliment, plante ou autre médicament) peut donc influencer cette fonction.De plus, certaines molécules retrouvées dans les aliments et plantes médicinales peuvent se lier à des médicaments et en empêcher l’absorption ou en bloquer la disponibilité pour l’organisme.
  •  Métabolisme : Les médicaments sont souvent activés ou décomposés par le foie. Toute action sur cet organe peut donc modifier le cheminement et la disponibilité de ceux-ci.
  •  Distribution : Toutes les plantes et épices réputées pour réchauffer l’organisme, comme le poivre de Cayenne et le gingembre, augmentent le degré d’absorption et de distribution des autres substances ingérées, qu’il s’agisse de médicaments, de suppléments, d’aliments ou d’autres plantes médicinales.
  •  Élimination : Tout résidu de médicament sera éventuellement éliminé grâce au travail combiné du foie et des intestins ou via les voies urinaires. Les plantes et les aliments ont souvent des effets sur ces organes et peuvent donc influencer leur capacité à éliminer un médicament. Les plantes et les aliments ont souvent des effets sur ces organes et peuvent donc influencer leur capacité à éliminer un médicament.

    Une question d’attitude

    Comme vous pouvez le constater, il est très difficile de prévoir les innombrables interactions possibles entre les médicaments, les aliments, les suppléments et les plantes médicinales. L’idée n’est surtout pas d’essayer de comprendre le cheminement complet de tout ce qui entre dans l’organisme, d’autant plus que chaque aliment et chaque plante médicinale se compose de centaines de substances. Il faut plutôt développer une attitude qui diminue le risque de catastrophes.

    Chaque personne doit prendre conscience de ce qui se passe dans son corps, apprendre à ressentir les actions subtiles des médicaments comme de toute autre substance ingérée. Pour ce faire, arrêtez-vous plusieurs fois par jour, respirez profondément et écoutez ce que votre corps vous dit. Chacun doit aussi demeurer responsable de ce qu’il consomme. Si vous prenez des médicaments, faites-vous photocopier les pages du Compendium (CPS) qui s’y rapportent. Tous les pharmaciens et les médecins possèdent cet outil de travail. Lisez tout et, si certains passages vous semblent importants mais difficiles à comprendre, demandez plus d’informations aux personnes concernées.

    Si nous prenions tous cette responsabilité, nous pourrions aspirer à une coopération plus intéressante du milieu médical. Pourtant, à ce jour, les professionnels ont plutôt tendance à se protéger à cause de leur peur de l’inconnu et des erreurs. Les interactions et les effets secondaires sont innombrables et il est essentiel que chaque personne se nourrisse et se soigne en toute connaissance de cause. N’êtes-vous pas la meilleure personne pour vous occuper de vous-même ? Chacun doit aussi demeurer conscient des médicaments qu’il consomme. Je suis toujours étonnée de voir à quel point les gens qui prennent des médicaments tous les jours depuis des années (synthroïde, aspirine, anovulants…) oublient qu’ils sont médicamentés ! " ! Rappelez-vous que tout ce qu’on avale a des répercussions sur l’organisme, et qu’ils peuvent interagir avec n’importe quelle autre substance ingérée. Rappelez-vous que tout ce qu’on avale a des répercussions sur l’organisme, et qu’ils peuvent interagir avec n’importe quelle autre substance ingérée.

    Faut-il s’inquiéter ?

    La question est surtout de bien se connaître. Ai-je des problèmes de santé qui me rendent hypersensible aux substances actives des aliments, plantes ou médicaments ? Est-ce que je prends des médicaments dont le dosage est critique, c’est-à-dire dont l’écart est très mince entre la dose thérapeutique et la dose fatale ? Est-ce que je prends des médicaments desquels je dépends pour me maintenir en vie ou pour être en mesure de continuer à fonctionner normalement ? Les réponses à ces questions mettent en évidence le degré d’attention qu’il vous faut porter aux éventuelles interactions. Mark Blumenthal, président de l’American Botanical Council, énumère ces interactions potentiellement sérieuses :

  •  Les diurétiques peuvent augmenter les pertes de potassium. Si vous avez des problèmes cardiaques et prenez des diurétiques, sachez que la santé de votre cœur nécessite un taux adéquat et constant de potassium dans votre organisme.
  •  Des plantes interagissent avec les inhibiteurs de la monoamine oxydase, un type d’antidépresseurs.
  •  Certaines plantes ont des effets analogues aux glucosides cardiotoniques, utilisés dans le traitement de l’insuffisance cardiaque et de certains troubles du rythme cardiaque.
  •  Il existe un grand nombre d’interactions possibles entre les plantes et l’absorption, le métabolisme et l’élimination des barbituriques.
  •  Un bon nombre de plantes possèdent des propriétés semblables à celles des anticoagulants. La combinaison des végétaux et des médicaments peut, dans ce cas, engendrer de graves interactions.
  •  Les diabétiques doivent porter une attention particulière aux plantes provoquant des variations de la glycémie (gel d’aloès, aigremoine, ginseng, bleuet, bardane, chou, caroube, cannelle, coriandre, cumin, damiane, pissenlit, fenugrec, éleuthéro, eucalyotus, ail, hydraste, armoise, psyllium, épinards…

    Prendre de bonnes décisions

    Il n’y a pas de secret : pour savoir comment réagissent les substances que nous ingérons, il faut se renseigner, lire et échanger avec les intervenants en santé (herboriste, naturothérapeute, médecin, pharmacien). Il n’y a pas de secret : pour savoir comment réagissent les substances que nous ingérons, il faut se renseigner, lire et échanger avec les intervenants en santé (herboriste, naturothérapeute, médecin, pharmacien). Ça pourra faciliter une prise de décision éclairée et augmenter la capacité de prévoir et de prévenir les interactions indésirables. Assurez-vous également d’un suivi adéquat : la coopération de tous les intervenants impliqués favorisera un suivi pertinent. Sachez tout de même qu’il est préférable d’éviter de conjuguer plantes médicinales et médicaments critiques. Afin de favoriser les meilleures réactions métaboliques possibles, séparez les prises de plantes médicinales, d’aliments, de suppléments et de médicaments d’au moins deux heures et introduisez les plantes médicinales une à une, à dosage minime d’abord. Augmentez ensuite la quantité graduellement, mais demeurez à l’écoute de tout changement de votre état. Ce conseil vaut en fait pour n’importe quelle substance : commencez ou arrêtez progressivement, car les variations brusques peuvent entraîner des effets difficiles à prévoir.

    Quelques cas bien connus

    Comme il y a de plus en plus de gens qui prennent de plus en plus de médicaments, de suppléments et de plantes médicinales, on commence à connaître certaines interactions. Les cas bien documentés sont évidemment liés aux substances les plus couramment utilisées. Voici d’abord quelques interactions indésirables à éviter :

  •  Le ginseng peut annuler l’action des inhibiteurs de la monoamine oxydase, augmenter l’effet des anticoagulants, augmenter l’effet de certains stéroïdes et potentialiser l’effet de médicaments antidiabétiques. Pris avec du café, le ginseng donne souvent des palpitations cardiaques et de l’insomnie.
  •  La réglisse augmente la perte de potassium causée par les diurétiques et peut augmenter l’effet des corticostéroïdes.
  •  Le poivre de Cayenne peut augmenter le métabolisme et la distribution d’un grand nombre de médicaments.
  •  Le gingembre peut affecter le métabolisme et la distribution d’un grand nombre de médicaments.
  •  Le café a des effets négatifs sur le foie, le transit intestinal et l’élimination rénale. Ceci indique de multiples interactions possibles.
  •  Un grand nombre de plantes (grande camomille, ginseng, bleuet, dong quai, ail, ginkgo, trèfle rouge…) ont une action similaire aux fluidifiants sanguins et ne doivent donc pas être pris simultanément. De plus, il est alors préférable d’éviter certaines plantes (bourse à pasteur, ortie) qui favorisent la coagulation.
  •  Les inhibiteurs de la monoamine oxydase peuvent entrer en interaction avec le millepertuis, le ginkgo, le ginseng, le café et le guarana.
  •  Plusieurs substances (millepertuis, eucalyptus, tabac, houblon, curcuma, jus de pamplemousse…) affectent l’action du foie, ce qui peut entraîner des taux trop élevés de certains médicaments dans le sang.

    Voici maintenant deux interactions bénéfiques connues :

  •  L’astragale prise pendant la chimiothérapie diminue la leukopénie, ou baisse temporaire du nombre de globules blancs, causée par le traitement.
  •  Le chardon-marie et le schisandra diminuent l’hépatotoxicité de médicaments reconnus pour leur pouvoir destructeur sur les cellules du foie (acétaminophène, Dilantin…).

    Aux intervenants en santé

    Un des meilleurs ouvrages disponibles au sujet des interactions entre les plantes et les médicaments à l’heure actuelle est la troisième édition de Herb Contra-Indications and Drug Interactions, de Francis Brinker. Un des meilleurs ouvrages disponibles au sujet des interactions entre les plantes et les médicaments à l’heure actuelle est la troisième édition de Herb Contra-Indications and Drug Interactions, de Francis Brinker. Complet, ce livre entre dans tous les détails possibles et demeure critique par rapport aux sources d’information utilisées par ceux qui crient aux dangers d’interactions négatives entre les herbes et les médicaments. En effet, M. Brinker discute de la pertinence des tests in vitro ou in vivo, de ceux qu’on fait sur les animaux, sur les humains… Il s’applique aussi à faire la distinction entre les spéculations, les probabilités et les cas documentés. Et comme de nouvelles informations s’ajoutent tous les jours, M. Brinker effectue aussi des mises à jour régulières dans un site Internet dont l’adresse est offerte dans le livre.

    Je recommande vivement ce livre à tous les intervenants de la santé qui font face à cette question. Je les appelle également à encourager leurs clients ou patients à se responsabiliser, à leur fournir la documentation nécessaire afin de les soutenir dans ce cheminement et à les encourager à prendre de bonnes habitudes dans la gestion de leur médication.

    Tablelau de synthèse des facteurs d’interaction entre les plantes médicinales et les médicaments

    Selon David Winston, herboriste américain

    Modifications intestinales Modifications hépatiques Modifications rénales
    Substances amères (*) [chicorée, café, chocolat noir, toutes les plantes médicinales amères] Substances amères (*) [chicorée, café, chocolat noir, toutes les plantes médicinales amères] Substances diurétiques (x) [asperges, café, grand nombre de plantes médicinales]
    Colloïdes hydriques, qui absorbent en une masse (x) [psyllium, pectine, okra, gruau d’avoine, gel d’aloès, orme rouge, graine de lin…] Substances cholagogues, qui augmentent l’expulsion de bile par la vésicule biliaire (* ou x) [curcuma, chélidoine, hydraste, romarin, cataire, boldo…] Substances néphrotoxiques, qui endommagent la fonction rénale (x) [aristoloche]
    Tannins (x) [thé noir, feuilles de framboisier, écorce de chêne, la plupart des substances astringentes] Substances cholérétiques, qui augmentent la production de bile par le foie (* ou x) [chardon marie…] Substances néphroprotectrices (* ou x) [ortie]
    Modificateurs du taux d’acidité (* ou x) Substances hépatoprotectrices (* ou x) [chardon marie, buplèvre, schizandra, reishi, curcuma…] Substances antidiurétiques (*) [réglisse]
    Substances épicées (*) [cayenne, gingembre, cannelle…] Substances hépatotoxiques (x) [excès de plantes à berbérine : hydraste, savoyane…]
    Modificateurs du temps de transit (x) [tous les laxatifs : senné, cascara, bourdaine…]

    * = renforce l’action des médicaments : augmente l’absorption, diminue l’élimination, double son action.

    x = empêche l’action des médicaments : diminue l’absorption, favorise l’élimination, contre son action.

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